Faire tintin

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Mots de l'année 2015

Le mot de l'année 2015 a déjà été choisi!

Qu'un sang impur abreuve nos sillons

Ces quelques mots de la Marseillaise font polémique. Découvrez pourquoi.

Nouveaux mots

Le Larousse 2016 a dévoilé ses nouveaux mots!

Optimismer

Avec Carrefour, avant, on positivait. En 2015, on "optimisme"!

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mardi 10 novembre 2015

Libellule


Le terme "Libellule" a été inventé par Linné au XVIIIème siècle.

C'est un diminutif du latin "Libella" qui désignait le requin-marteau (Libella Marina, en latin) au Moyen-Age, car la tête de la libellule ressemble singulièrement à celle d'un requin-marteau, comme on le voit bien sur les photos  :



Requin-Marteau

Libellule
 Et si le requin-marteau a été nommé "Libella", c'est en référence au "niveau" de maçon (libella, en latin, qui a donné l'anglais "level"), cet instrument que les maçons utilisaient et qui avait au Moyen-Age une forme de T (et qui n'a plus une forme de T maintenant, d'ailleurs). Et donc, si la libellule a conservé son nom, le "requin-niveau" est lui devenu un requin-marteau.

Source : Rondelet


lundi 9 novembre 2015

Marron, marronnage

L'autre jour, dans la forêt de Soignes (en Belgique), j'ai fait une rencontre avec ce petit animal :


Il s'agit d'un Tamia de Sibérie, une sorte de petit écureuil rayé.

On dit que cette petite bête est "marronne", non pas à cause de sa couleur, mais parce que "Marron" désigne un animal domestique qui s'est échappé et est retourné à la vie sauvage. C'est le cas du tamia de Sibérie, qui comme son nom l'indique est originaire d'Asie, et qui a été importé en Europe dans les années 60. Il a été vendu en animalerie comme animal de compagnie. Beaucoup d'entre eux se sont échappés de leurs maisons (ou ont été libérés par leurs propriétaires), et ces animaux ont colonisé les forêts d'Europe.

C'est le cas également des chiens errants, des cochons sauvages, des pigeons ramiers, les chats sauvages, beaucoup d'animaux n'ayant pas de difficulté à revenir à la vie sauvage. Tous ces animaux sont désignés comme "marrons"

Ce mot vient des Antilles Françaises, et désignait  au XVIIème siècle un animal ou une plante sauvage (de l'espagnol cimarron, signifiant "montagnard").

Par extension, les colons nés aux Antilles ont utilisé cet adjectif pour désigner les esclaves noirs qui étaient parvenus à s'évader. On les appelait alors les "nègres marrons". Le marronnage était l'action de s'évader, souvent sanctionnée très cruellement (tués ou mutilés). 

Un groupe de musique porte d'ailleurs le nom de "Nèg' marrons" en hommage à ces hommes qui ont tenté de gagner leur liberté.


mercredi 28 janvier 2015

Edredon


Un édredon


Le mot du jour, froid oblige, c'est "Edredon".

L'édredon est souvent confondu avec la couette. Il est en réalité plus court et se place au-dessus de la couette, au bout du lit, pour couvrir les pieds.

A l'origine, l'édredon désigne le duvet de l'eider, un gros canard migrateur dont les plumes sont très douces et très recherchées (une couette en vrai duvet d'eider atteint facilement 4000€!). Amusant :  l'eider, en italien, s'appelle "edredone".

Eider à duvet


Par métonymie, ce mot a ensuite désigné ce couvre-pied rempli de duvet d'eider dont on a parlé plus haut. Le mot nous vient du Danemark (un pays bien froid!). En danois, "ederdunn" a en effet le même sens.

Par extension, ce mot a pris en argot une signification tout à fait étonnante: "faire l'édredon", en parlant d'une prostituée, c'est "dévaliser son client". En effet, les "voleuses à l'édredon" cachaient les vêtements de leur client sous l'édredon, et se barraient après avoir vidé leurs poches, espérant que les victimes dénudées hésitent à les poursuivre jusque dans la rue!

vendredi 31 octobre 2014

Inerme

Un rosier inerme


Inerme est un mot joli et assez rare qui s'utilise surtout en botanique, mais pas seulement.

Il  signifie "dépourvu d'épines, d'aiguillons". Un rosier inerme est un rosier sans épine. Le mot vient du latin "inermis", signifiant "sans arme, inoffensif".

Le sens de ce mot a ensuite glissé vers les animaux, et s'est mis à désigner des animaux qui ne possèdent pas de corne ou d'épine alors qu'ils font partie d'une espèce qui en ont.

Hérisson inerme


Par extension, il désigne tout ce qui est inoffensif et au figuré, quelqu'un de mou et d'apathique.

mardi 22 juillet 2014

Ornithorynque

Vous connaissez certainement cet animal étrange qui a les particularité suivantes :

  • Il pond des oeufs, mais allaite ses petits
  • Il a une sorte bec (précisons quand même qu'il n'est pas de la même composition que celui des oiseaux)
  • Il possède plusieurs dard venimeux
  • Il dispose d'un radar détecteur de mouvements
  • Il ne vit qu'en Australie
  • Lorsqu'il a été découvert en 1798 par les Européens, on a cru à un canular. 

Cette bestiole, c'est l'ornithorynque.

Ornithorynque barbotant dans l'eau turpide



Le mot a été inventé par l'anthropologue Allemand Blumenbach en 1800, et est composé de ornitho- (oiseau) , rhúnkhos ( groin d’un porc ou d’un sanglier;nez ou museau d'un animal ; bec d’un oiseau). Il a failli s'appeler "Platypus" (pied plat, en grec), mais c'était déjà pris, donc on a opté pour "ornithorynque", qui réduit l'animal à son bec de canard, ce qui est dommage vous en conviendrez :)

L'ornithorynque fait partie de l'ordre des monotrèmes (de "mono", unique et "trème", orifice - famille nommée ainsi en 1838 en raison du fait que l'urine suit le même chemin que l'oeuf que pond la bête) c'est à dire des mammifères qui pondent des oeufs.

Il n'est pas le seul dans cette famille. On citera par exemple l'échidné dont voici une photo, et qui est aussi un drôle d'animal australien :

Echidné



jeudi 24 avril 2014

La chauve-souris : pourquoi s'appelle-t-elle ainsi?



Le nom "chauve-souris" est composé des mots "chauve" et "souris". Si "souris" fait bien référence à la morphologie de l'animal, "chauve" n'a aucun rapport avec le fait de ne pas avoir de cheveux.

En effet, chauve-souris dérive du francique cawa sorix, ou cawa signifiait "la chouette", car la chauve-souris a pour habitude de sortir la nuit et de ne pas faire de bruit (on notera au passage que toutes les chouettes ne sont pas forcément des animaux nocturnes). Cawa s'est transformé par la suite en calva puis en calve (chauve) par proximité phonétique, et la confusion entre chouette et chauve a eu lieu.

mercredi 11 septembre 2013

Panda


Aujourd'hui, nous venons d'apprendre que 2 pandas vont venir s'installer à Pairi Daiza, en Belgique (ce qui provoque un "pandagate" sur les réseaux sociaux, mais c'est une autre histoire). 

C'est l'occasion de se pencher sur ce mot qui a la particularité d'être le même dans toutes les langues.

Le mot panda tire son origine du népalais "Nigálya-pónya", qui signifie littéralement "Animal (pónya) mangeur de bambou (Nigálya).  Il désignait à l'origine le panda roux (petit panda). 

En 1869, le missionnaire français Armand David découvre le "panda géant", qu'il associe directement aux ursidés (il l'appelle "ours blanc"). C'est en 1901 que l'on établit un lien entre le panda géant et le panda roux, et qu'on lui attribue ce nom. En réalité, ces deux animaux ne font pas partie de la même espèce, même si le panda géant semble tout de même plus proche de l'ours comme on le pensait initialement.

Caméléon


Le caméléon désigne un reptile capable de changer la couleur de sa peau en fonction de son environnement, par mimétisme. Par extension, le mot désigne également une personne qui s'adapte à son environnement , au gré de ses intérêts (ce mot n'est pas forcément péjoratif).

Certaines personnes affirment à tort que le mot caméléon est construit sur le même modèle que "caméléopard" qui désignait autrefois la girafe ("Camé" pour certaines ressemblances avec les camélidés et "léopard" pour la ressemblance avec le pelage de ce félin ). Le mot "caméléon", signifierait donc : "chameau-lion".

Cette version est totalement erronnée.

En réalité, le mot caméléon est emprunté du latin "c(h)amaeleon", du grec "khamaileôn", proprement « lion qui se traîne à terre » de khamai, « à terre », et leôn, « lion ». Il faut comprendre « qui se traîne à terre » comme un équivalent de « très petit », voire « nain ».

mercredi 6 mars 2013

Pieuvre


Vous ne le savez peut-être pas, mais le mot "Pieuvre" a été introduit dans la langue française par Victor Hugo. 

Avant lui, on parlait de "poulpe" uniquement.

En effet, dans "Les travailleurs de la mer", publié en 1865 lors de son exil à Guernesey, Victor Hugo a consacré un chapitre entier à cet animal marin, qu'il appela "pieuvre", car c'était ainsi qu'on le nommait dans le dialecte de Guernesey.




Voilà l'extrait :
Pour croire à la pieuvre, il faut l’avoir vue. Comparées à la pieuvre, les vieilles hydres font sourire. À de certains moments, on serait tenté de le penser, l’insaisissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants auxquels ses linéaments se prennent, et de ces obscures fixations du rêve il sort des êtres. L’Inconnu dispose du prodige, et il s’en sert pour composer le monstre. Orphée, Homère et Hésiode n’ont pu faire que la Chimère ; Dieu a fait la Pieuvre. Quand Dieu veut, il excelle dans l’exécrable. Le pourquoi de cette volonté est l’effroi du penseur religieux. Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre.  La baleine a l’énormité, la pieuvre est petite ; l’hippopotame a une cuirasse, la pieuvre est nue ; la jararaca a un sifflement, la pieuvre est muette ; le rhinocéros a une corne, la pieuvre n’a pas de corne ; le scorpion a un dard, la pieuvre n’a pas de dard ; le buthus a des pinces, la pieuvre n’a pas de pinces ; l’alouate a une queue prenante, la pieuvre n’a pas de queue ; le requin a des nageoires tranchantes, la pieuvre n’a pas de nageoires ; le vespertilio-vampire a des ailes onglées, la pieuvre n’a pas d’ailes ; le hérisson a des épines, la pieuvre n’a pas d’épines ; l’espadon a un glaive, la pieuvre n’a pas de glaive ; la torpille a une foudre, la pieuvre n’a pas d’effluve ; le crapaud a un virus, la pieuvre n’a pas de virus ; la vipère a un venin, la pieuvre n’a pas de venin ; le lion a des griffes, la pieuvre n’a pas de griffes ; le gypaète a un bec, la pieuvre n’a pas de bec ; le crocodile a une gueule, la pieuvre n’a pas de dents. La pieuvre n’a pas de masse musculaire, pas de cri menaçant, pas de cuirasse, pas de corne, pas de dard, pas de pince, pas de queue prenante ou contondante, pas d’ailerons tranchants, pas  d’ailerons onglés, pas d’épines, pas d’épée, pas de décharge électrique, pas de virus, pas de venin, pas de griffes, pas de bec, pas de dents. La pieuvre est de toutes les bêtes la plus formidablement armée. Qu’est-ce donc que la pieuvre ? C’est la ventouse. Dans les écueils de pleine mer, là où l’eau étale et cache toutes ses splendeurs, dans les creux de rochers non visités, dans les caves inconnues où abondent les végétations, les crustacés et les coquillages, sous les profonds portails de l’océan, le nageur qui s’y hasarde, entraîné par la beauté du lieu, court le risque d’une rencontre. Si vous faites cette rencontre, ne soyez pas curieux, évadez-vous. On entre ébloui, on sort terrifié. Voici ce que c’est que cette rencontre, toujours possible dans les roches du large. Une forme grisâtre oscille dans l’eau, c’est gros comme le bras, et long d’une demi-aune environ ; c’est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n’aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s’ouvre, huit rayons s’écartent brusquement autour d’une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c’est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre. Épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. L’hydre harponne l’homme. Cette bête s’applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête faite de cendre qui habite l’eau. Elle est arachnide par la forme et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c’est mou. Ses nœuds garrottent ; son contact paralyse. Elle a un aspect de scorbut et de gangrène. C’est de la maladie arrangée en monstruosité. Elle est inarrachable. Elle adhère étroitement à sa proie. Comment ? Par le vide. Les huit antennes, larges à l’origine, vont s’effilant et  s’achèvent en aiguilles. Sous chacune d’elles s’allongent parallèlement deux rangées de pustules décroissantes, les grosses près de la tête, les petites à la pointe. Chaque rangée est de vingt-cinq ; il y a cinquante pustules par antenne, et toute la bête en a quatre cents. Ces pustules sont des ventouses. Ces ventouses sont des cartilages cylindriques, cornés, livides. Sur la grande espèce, elles vont diminuant du diamètre d’une pièce de cinq francs à la grosseur d’une lentille. Ces tronçons de tubes sortent de l’animal et y rentrent. Ils peuvent s’enfoncer dans la proie de plus d’un pouce. Cet appareil de succion a toute la délicatesse d’un clavier. Il se dresse, puis se dérobe. Il obéit à la moindre intention de l’animal. Les sensibilités les plus exquises n’égalent pas la contractilité de ces ventouses, toujours proportionnée aux mouvements intérieurs de la bête et aux incidents extérieurs. Ce dragon est une sensitive. Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode, et  que la légende appelle kraken. Les matelots anglais l’appellent Devil-fish, le Poisson-Diable. Ils l’appellent aussi Blood-Sucker, Suceur de sang. Dans les îles de la Manche on le nomme la pieuvre. Il est très rare à Guernesey, très petit à Jersey, très gros et assez fréquent à Serk. Une estampe de l’édition de Buffon par Sonnini représente un céphalopode étreignant une frégate. Denis Montfort pense qu’en effet le poulpe des hautes latitudes est de force à couler un navire. Bory Saint-Vincent le nie, mais constate que dans nos régions il attaque l’homme. Allez à Serk, on vous montrera près de BrecqHou le creux de rocher où une pieuvre, il y a quelques années, a saisi, retenu et noyé un pêcheur de homards. Péron et Lamarck se trompent quand ils doutent que le poulpe, n’ayant pas de nageoires, puisse nager. Celui qui écrit ces lignes a vu de ses yeux à Serk, dans la cave dite les Boutiques, une pieuvre poursuivre à la nage un baigneur. Tuée, on la mesura, elle avait quatre pieds anglais d’envergure, et l’on put compter les quatre cents suçoirs. La bête agonisante les poussait hors d’elle convulsivement. Selon Denis Montfort, un de ces observateurs que l’intuition à haute dose fait descendre ou monter jusqu’au magisme, le poulpe a presque des passions d’homme ; le poulpe hait. En effet, dans l’absolu, être hideux, c’est haïr. Le difforme se débat sous une nécessité d’élimination qui le rend hostile. La pieuvre nageant reste, pour ainsi dire, dans le fourreau. Elle nage, tous ses plis serrés. Qu’on se représente une manche cousue avec un poing dedans. Ce poing, qui est la tête, pousse le liquide et avance d’un vague mouvement ondulatoire. Ses deux yeux, quoique gros, sont peu distincts étant de la couleur de l’eau. La pieuvre en chasse ou au guet, se dérobe ; elle se rapetisse, elle se condense ; elle se réduit à la plus simple expression. Elle se confond avec la pénombre. Elle a l’air d’un pli de la vague. Elle ressemble à tout, excepté à quelque chose de vivant. La pieuvre, c’est l’hypocrite. On n’y fait pas attention ; brusquement, elle s’ouvre. Une viscosité qui a une volonté, quoi de plus effroyable ! De la glu pétrie de haine. C’est dans le plus bel azur de l’eau limpide que surgit cette hideuse étoile vorace de la mer. Elle n’a pas d’approche, ce qui est terrible. Presque toujours, quand on la voit, on est pris. La nuit, pourtant, et particulièrement dans la saison du rut, elle est phosphorescente. Cette épouvante a ses amours. Elle attend l’hymen. Elle se fait belle, elle s’allume, elle s’illumine, et, du haut de quelque rocher, on peut l’apercevoir au dessous de soi dans les profondes ténèbres épanouie en une irradiation blême, soleil spectre. La pieuvre nage ; elle marche aussi. Elle est un peu poisson, ce qui ne l’empêche pas d’être un peu reptile. Elle rampe sur le fond de la mer. En marche elle utilise ses huit pattes. Elle se traîne à la façon de la chenille arpenteuse. Elle n’a pas d’os, elle n’a pas de sang, elle n’a pas de chair. Elle est flasque. Il n’y a rien dedans. C’est une peau. On peut retourner ses huit tentacules du dedans au dehors comme des doigts de gants. Elle a un seul orifice, au centre de son rayonnement. Cet hiatus unique, est-ce l’anus ? est-ce la bouche ? C’est les deux. La même ouverture fait les deux fonctions. L’entrée est l’issue. Toute la bête est froide. Le carnasse de la Méditerranée est repoussant. C’est un contact odieux que cette gélatine animée qui enveloppe le nageur, où les mains s’enfoncent, où les ongles labourent, qu’on déchire sans la tuer, et qu’on arrache sans l’ôter, espèce d’être coulant et tenace qui vous passe entre les doigts ; mais aucune stupeur n’égale la subite apparition de la pieuvre, Méduse servie par huit serpents. Pas de saisissement pareil à l’étreinte de ce céphalopode. C’est la machine pneumatique qui vous attaque. Vous avez affaire au vide ayant des pattes. Ni coups d’ongles, ni coups de dents ; une scarification indicible. Une morsure est redoutable ; moins qu’une succion. La griffe n’est rien près de la ventouse. La griffe, c’est la bête qui entre dans votre chair ; la ventouse, c’est vous-même qui entrez dans la bête. Vos muscles s’enflent, vos fibres se tordent, votre peau éclate sous une pesée immonde, votre sang jaillit et se mêle affreusement à la lymphe du mollusque. La bête se superpose à vous par mille bouches infâmes ; l’hydre s’incorpore à l’homme ; l’homme s’amalgame à l’hydre. Vous ne faites qu’un. Ce rêve est sur vous. Le tigre ne peut que vous dévorer ; le poulpe, horreur ! vous aspire. Il vous tire à lui et en lui, et, lié, englué, impuissant, vous vous sentez lentement vidé dans cet épouvantable sac, qui est un monstre. Au delà du terrible, être mangé vivant, il y a l’inexprimable, être bu vivant. Ces étranges animaux, la science les rejette d’abord, selon son habitude d’excessive prudence, même vis-à-vis des faits, puis elle se décide à les étudier ; elle les dissèque, elle les classe, elle les catalogue, elle leur met une étiquette ; elle s’en procure des exemplaires ; elle les expose sous verre dans les musées ; ils entrent dans la nomenclature ; elle les qualifie mollusques, invertébrés, rayonnés ; elle constate leurs voisinages : un peu au-delà les calmars, un peu en deçà les sépiaires ; elle trouve à ces hydres de l’eau salée un analogue dans l’eau douce, l’argyronecte ; elle les divise en grande, moyenne et petite espèce ; elle admet plus aisément la petite espèce que la grande, ce qui est d’ailleurs, dans toutes les régions, la tendance de la science, laquelle est plus volontiers microscopique que télescopique ; elle regarde leur construction et les appelle céphalopodes, elle compte leurs antennes et les appelle octopèdes. Cela fait, elle les laisse là. Où la science les lâche, la philosophie les reprend. La philosophie étudie à son tour ces êtres. Elle va moins loin et plus loin que la science. Elle ne les dissèque pas, elle les médite. Où le scalpel a travaillé, elle plonge l’hypothèse. Elle cherche la cause finale. Profond tourment du penseur. Ces créatures l’inquiètent presque sur le créateur. Elles sont les surprises hideuses. Elles sont les trouble-fête du contemplateur. Il les constate éperdu. Elles sont les formes voulues du mal. Que devenir devant ces blasphèmes de la création contre elle-même ? À qui s’en prendre ? Le Possible est une matrice formidable. Le mystère se concrète en monstres. Des morceaux d’ombre sortent de ce bloc, l’immanence, se déchirent, se détachent, roulent, flottent, se condensent, font des emprunts à la noirceur ambiante, subissent des polarisations inconnues, prennent vie, se composent on ne sait quelle forme avec l’obscurité et on ne sait quelle âme avec le miasme, et s’en vont, larves, à travers la vitalité. C’est quelque chose comme les ténèbres faites bêtes. À quoi bon ? à quoi cela sert-il ? Rechute de la question éternelle. Ces animaux sont fantômes autant que monstres. Ils sont prouvés et improbables. Être est leur fait, ne pas être serait leur droit. Ils sont les amphibies de la mort. Leur invraisemblance complique leur existence. Ils touchent la frontière humaine et peuplent la limite chimérique. Vous niez le vampire, la pieuvre apparaît. Leur fourmillement est une certitude qui déconcerte notre assurance. L’optimisme, qui est le vrai pourtant, perd presque contenance devant eux. Ils sont l’extrémité visible des cercles noirs. Ils marquent la transition de notre réalité à une autre.Ils semblent appartenir à ce commencement d’êtres terribles que le songeur entrevoit confusément par le soupirail de la nuit. Ces prolongements de monstres, dans l’invisible d’abord, dans le possible ensuite, ont été soupçonnés, aperçus peut-être, par l’extase sévère et par l’œil fixe des mages et des philosophes. De là la conjecture d’un enfer. Le démon est le tigre de l’invisible. La bête fauve des âmes a été dénoncée au genre humain par deux visionnaires, l’un qui s’appelle Jean, l’autre qui s’appelle Dante. Si en effet les cercles de l’ombre continuent indéfiniment, si après un anneau il y en a un autre, si cette aggravation persiste en progression illimitée, si cette chaîne, dont pour notre part nous sommes résolu à douter, existe, il est certain que la pieuvre à une extrémité prouve Satan à l’autre. Il est certain que le méchant à un bout prouve à l’autre bout la méchanceté. Toute bête mauvaise, comme toute intelligence perverse, est sphinx.Sphinx terrible proposant l’énigme terrible. L’énigme du mal. C’est cette perfection du mal qui a fait pencher parfois de grands esprits vers la croyance au dieu double, vers le redoutable bi-frons des manichéens. Une soie chinoise, volée dans la dernière guerre au palais de l’empereur de la Chine, représente le requin qui mange le crocodile qui mange le serpent qui mange l’aigle qui mange l’hirondelle qui mange la chenille. Toute la nature que nous avons sous les yeux est mangeante et mangée. Les proies s’entremordent. Cependant des savants qui sont aussi des philosophes, et par conséquent bienveillants pour la création, trouvent ou croient trouver l’explication. Le but final frappe, entre autres, Bonnet de Genève, ce mystérieux esprit exact, qui fut opposé à Buffon, comme plus tard Geoffroy Saint-Hilaire l’a été à Cuvier. L’explication serait ceci : la mort partout exige l’ensevelissement partout. Les voraces sont des ensevelisseurs. Tous les êtres rentrent les uns dans les autres. Pourriture, c’est nourriture. Nettoyage effrayant du globe. L’homme, carnassier, est, lui aussi, un enterreur. Notre vie est faite de mort. Telle est la loi terrifiante. Nous sommes sépulcres. Dans notre monde crépusculaire, cette fatalité de l’ordre produit des monstres. Vous dites : à quoi bon ? Le voilà. Est-ce l’explication ? Est-ce la réponse à la question ? Mais alors pourquoi pas un autre ordre ? La question renaît. Vivons, soit. Mais tâchons que la mort nous soit progrès. Aspirons aux mondes moins ténébreux. Suivons la conscience qui nous y mène. Car, ne n’oublions jamais, le mieux n’est trouvé que par le meilleur. 
Ou comment la littérature influence notre langue de tous les jours!